Paris 1945-46-47

     Serge Ripert vient de connaître cinq années de guerre,l'Occupation, les lois de Vichy, l'obligation de se cacher, de se taire. Il a été témoin de représailles nazies ( les Nîmois pendus aux arches du chemin de fer ). Il a suivi le procès d'un camarade de classe, jugé et condamné à mort. Il a fui Nîmes pour échapper au STO , a été embauché à la mine de soufre sur la commune de Caseneuve.

  En 1945, il « monte » à Paris, un Paris libéré, où tout semble possible. L'enthousiasme et une extraordinaire envie de vivre, de tout voir, de toutconnaître malgré les ruines, la tristesse et les restrictions : on a faim, on manque de tout : pain, viande, cigarettes, charbon ; on crève de froid .

 Avec ses copains, Marc Cavell,Arturo Téjéro, Jean-Louis Model, ils se sont installés dans un atelier, rue St-Jacques. L'ordinaire est maigre : patates bouillies cuites sur un petit poêle de repasseuse. Mais de temps en temps, on passe une soirée à la Rhumerie Martiniquaise.

  Vie de Bohême et de passion dans l'effervescence d'un Paris qui ressuscite : la mode fait fureur à St-Germain des Prés autour du Flore, avec des orchestres de Jazz, les Zazous, Boris Vian, Jean-Paul Sartre. La capitale foisonne d'artistes et de manifestations : Premier Bal des Quat'Zarts après la guerre !

   Bientôt, l'atelier, rue St-Jacques, s'avère trop petit  pour ses 4 occupants. Serge aimerait trouver autre chose. Ce qui paraît bien difficile avec la crise du logement.  Par hasard, il rencontre Valentin dans un bar du quartier latin. Valentin est un homme fortuné qui aime fréquenter les peintres. Il habite une villa à Neuilly et possède un atelier, rue Campagne Première, dans un immeuble Art-déco. Sa voisine s'appelle Vieira Da Silva. Par peur d'une réquisition, il demande à Serge de s'y installer. L'atelier moderne, équipé d'une salle de bains, attire les modèles de Montparnasse qui poseront pour le nouvel arrivant. Parmi ces jeunes femmes, Papou, somptueuse muse d'origine arménienne, l'inspirera dans de nombreux travaux. Serge Ripert ramènera 300 dessins de nus, grand format,encre de Chine, à main levée,

En peinture, son expérience parisienne sera déterminante. Durant toute sa jeunesse , il s'est construit son monde intérieur : connaissances techniques, artistiques, littéraires. Paris, c'est l'explosion, le renversement des valeurs ; on oublie tout. C'est un travail- passion, jour et nuit pour s'orienter vers d'autres

recherches et peut-être approcher l'état de ferveur où le geste devient créateur.

Chaque tableau est un labyrinthe qui nous entraîne au delà du réel. Chaque toile est pour lui, une énigme à résoudre avec une part d'abstraction , une part de hasards et l'émotion qui en ressort.


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