Serge Ripert et le Château médiéval de Caseneuve

      En 1960, Serge Ripert a trente-cinq ans. Son travail ne le satisfait plus. Il est dérouté par le climat intellectuel ambiant. Il est sans cesse question d'Art Abstrait, d'Abstraction géométrique qui sont à l'opposé de sa nature. Il n'est pas homme de théorie et fuit toute compromission. Il pense qu'il n'est plus dans la course.Ainsi, sa passion pour la peinture a occupé son adolescence et sa jeunesse. Il a laissé plus de 300 tableaux, 300 dessins, des gravures, des sculptures...A partir de 1963, Serge Ripert se tourne vers une activité plus physique, un corps à corps avec une  matière plus exigeante : la pierre. En 1959, Serge va se lancer  dans une autre aventure, qui sera l'œuvre de sa vie, la restauration du Château de Caseneuve.

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LE  CHATEAU  MEDIEVAL  DE   CASENEUVE .



    A quelques kms d'Apt, en se dirigeant vers Cereste, on peut apercevoir, vers la gauche, planté sur son éperon rocheux, le Château de Caseneuve.    Au dire  des spécialistes, ce serait l'un des monuments médiévaux les plus anciens et les mieux conservés de Provence.    A la fin du Xème siècle, un premier élément fortifié existait déjà sur le territoire de Caseneuve appelé « CASTRUM  CASANOVA ». Humbert d'Agoult en est le propriétaire. Aux XIIème et XIIIème siècles, ses descendants qui règnent en maîtres sur le pays d'Apt, ont fait édifier, dans leur forme actuelle, les parties principales du monument : la tour, le corps de logis , la Chapelle, les remparts.  

 

 A l'époque médiévale, le Château est avant tout militaire . Très haut, sa position stratégique permet d'observer les moindres mouvements de troupes à l'entour. De là , le regard balaie les plateaux de Haute Provence, les Monts du Vaucluse, le Luberon jusqu'aux collines de Cavaillon . En cas d'alerte, les paysans se réfugient derrière les remparts.  

   

Cependant, au XIIIème siècle, les Seigneurs de Caseneuve éprouvent le besoin de transformer leurs sombres bâtisses en maisons plus habitables : le Château devient « Résidence Castrale ». De nombreux travaux sont entrepris : des baies et des fenêtres sont ouvertes pour éclairer les salles. Une vaste cheminée centrale est bâtie au premier étage, et dans le mur du nord, on aménage des conduits pour les latrines. A l'extérieur, on ajoute les dépendances qui conditionnent le mode de vie médiéval : outre le four et le moulin, les cuisines, une basse-cour, un jardin. Sans compter qu'autour de la demeure, le village s'agrandit, peuplé de paysans, de petits artisans et de serviteurs.     La construction de la chapelle date aussi du XIIIème siècle. Attenante à la tour, ses murs suivent le contour du rocher et soutiennent une croisée d'ogives à bandeaux moulurés .
  

  A la fin du XVIème siècle, à l'époque de la Renaissance, le seigneur fait construire une importante montée d'escalier qui va donner une unité et un confort au bâtiment. L'escalier comporte un puits central surmonté d'une lanterne qui propage sa lumière.     Le premier étage est alors aménagé dans le style Renaissance : encadrements moulurés des portes, fenêtres à traverse, plafonds à la française. Un inventaire daté de 1610, montre que le Château est devenu, au cours des siècles, une sorte de grosse ferme pratiquant la culture et l'élevage.
Durant huit siècles, le Château est resté la propriété de la Baronnie des SIMIANE-CASENEUVE . A la fin du XVIIème siècle, la dynastie s'eteint avec la mort de Jacques de Simiane. Faute de descendants mâles, le monument, par le mariage des héritières, va appartenir à différentes familles : les Moncha-en-Forez, les Rhodes, les Bouillon, les Rohan-Soubise. Par son mariage avec Charlotte de Rohan-Soubise, le Prince de Condé (1736-1818), cousin du Roi Louis XVI, en deviendra propriétaire vers 1755.      A la Révolution, en 1791, le Château confisqué, sera loti et vendu en Bien National aux gens du pays . Partagé entre 7 nouveaux propriétaires, il sera transformé d'une part en logements et d'autre part en locaux agricoles : écuries, ateliers, granges, pigeonniers.   

  Des générations de cultivateurs vont s'y succéder pendant presque 150 ans. Les salles habitées sont les mieux conservées, mais les locaux agricoles, laissés à l'abandon, dégradés, tombent peu à peu en ruines .     En 1846, une partie de la cave seigneuriale restée invendue, a été cédée à des paysans de Caseneuve. En 1885, elle deviendra la propriété du Cercle de l'Union .

 

     Au début du XXème siècle, le Château porte tous les signes d'une ruine presque définitive : toitures et plafonds effondrés, salles délabrées jonchées de décombres. Cependant, en dépit des attaques sournoises du temps, l'ensemble garde encore fière allure. Les murs imposants ne manquent pas d'intriguer certains originaux.

 

     En 1938, trois hommes déterminés vont décider de sauvegarder le monument et de lui redonner vie :

 

 

 

 

Tout d'abord, Othon Coubine , peintre d'origine tchèque, qui va se consacrer au rez-de-chaussée, à la partie médiévale. Puis, Faustin Ripert et son fils Serge vont rénover le premier étage, la montée d'escalier, la toiture, les plafonds, la tour et la chapelle. Tous trois agiront avec la plus grande rigueur et avec la volonté de respecter l'esprit d'une œuvre presque millénaire.

Faire classer un monument, pour Faustin et Serge, c'était renoncer à une liberté d'action. C'était, certes, profiter de subventions intéressantes ( ?) et de dégrèvements fiscaux, mais ne plus pouvoir entreprendre la moindre réparation sans leur accord ! C'était, aussi, constituer des dossiers qui, (dans les années soixante ) risquaient de traîner pendant des mois, sans être assurés d'aboutir.C'était, enfin, se mettre entre les mains de professionnels sans doute qualifiés, mais s'engager dans des frais peut-être au dessus de leurs moyens, en dépit d'aides financières attribuées par l'Etat.Bref, c'est l'impatience qui a prévalu chez les Ripert ! Ils ont craint de ne jamais voir leurs projets se réaliser. Néanmoins, cette honorable institution nous a conseillé, dès 1978, de faire classer le Château. Il est probable que nos enfants s'en occuperont et feront le nécessaire.
Ainsi, le dernier restaurateur du Château, Serge Ripert, y a consacré une grande partie de sa vie. Pour lui, être « châtelain » n'était pas un titre de gloire, mais plutôt un engagement avec le sentiment de travailler et de vivre dans un lieu exceptionnel, conscient qu'un tel monument doit perdurer.... tandis que  les saisons, les années, les siècles défilent et, avec eux, les hommes et l'Histoire. Il a eu la chance de prendre pied dans l'aventure, de s'y investir, corps et âme, puis, le temps venu, il a laissé à d'autres le soin de continuer.Ici, les restaurations ne sont jamais définitives.

 

 

 

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